Publié en 1942 aux éditions Gallimard, L’Étranger s’est imposé comme l’œuvre de référence d’Albert Camus — celle que critiques, universitaires et lecteurs du monde entier citent en premier. Mais comprendre pourquoi ce roman a traversé huit décennies sans perdre de son éclat demande de revenir sur ce qui fait sa singularité, à la fois dans la trajectoire de son auteur et dans l’histoire littéraire française.
L’Étranger, l’œuvre qui a tout changé pour Camus
L’Étranger (1942), premier roman publié par Camus, reste unanimement reconnu comme son œuvre la plus célèbre. Traduit en plus de 40 langues, il figure parmi les romans français les plus lus à l’échelle internationale.
Albert Camus n’avait pas encore trente ans quand L’Étranger parut, en pleine Occupation. Le roman raconte l’histoire de Meursault, un homme qui assiste à l’enterrement de sa mère sans manifester le moindre signe visible de douleur, puis tue un Arabe sur une plage algérienne dans une circonstance qui semble presque accidentelle. Ce qui frappe d’emblée, c’est la sécheresse du style : des phrases courtes, un présent narratif qui colle à l’instant, une indifférence au jugement des autres qui dérange autant qu’elle fascine.
La page dédiée à la biographie d’Albert Camus sur Les Saints-Pères retrace précisément ce contexte de publication : un auteur jeune, déjà engagé dans la résistance intellectuelle, qui transforme une anecdote de violence solaire en manifeste philosophique. Le roman parut le même jour que Le Mythe de Sisyphe, essai dans lequel Camus développe sa conception de l’absurde — cette confrontation entre le désir humain de sens et le silence du monde.
Le succès ne fut pas immédiat, mais durable. Dès la Libération, la réputation du livre s’est ancrée dans les programmes scolaires français et étrangers. Meursault est devenu un personnage archétypal : celui qui refuse de jouer le jeu des conventions sociales, non par provocation, mais par une honnêteté radicale vis-à-vis de ses propres ressentis.

Les grandes œuvres qui complètent le portrait de l’auteur
Réduire Camus à un seul titre serait une erreur de lecture. Son œuvre forme un ensemble cohérent, structuré autour de ce qu’il appelait lui-même des